Christophe, vous êtes cycliste et monteur de roues depuis plus de trente ans, avec aujourd’hui votre propre marque artisanale au pied du Tourmalet : qu’est-ce qui vous a donné envie de vous attaquer spécifiquement au gravel, et en quoi ce terrain de jeu a bousculé votre manière de concevoir des roues légères et performantes ?
Je suis un ancien cycliste sur route qui aime la nature donc j'ai bien sûr essayé le Vtt mais parfois trop engagé à mon goût et lorsque j'ai découvert le Gravel ça été le coup de foudre. L'arrivé du freinage à disque en Cyclo-cross et vélo de route à permis au Gravel de ce développer et j'ai donc construit un premier avec les accessoires que je trouvais à l'époque et j'ai pu aussitôt développer des roues adaptés.
Quand on parle d’alléger une roue gravel, on pense spontanément à la jante, mais vous travaillez beaucoup sur les moyeux (Yuniper puis SERRATEC) : concrètement, comment se répartit le “gain de performance” entre jante, moyeu, rayons, et qu’est-ce qui fait, selon vous, la vraie différence sur le terrain pour un pratiquant ?
Je dirais oui et non car alléger le moyeux est aussi important pour répartir les masses et garder de l'inertie. La principale raison qui a poussé à fabriquer des moyeux c'est le comportement de la roue c'est à dire dynamique tout en étant "facile" à relancer, le poids est arrivé après grâce aux nouvelles technologies.
Votre jante Diamant affiche 360 g pour 38 mm de hauteur, ce qui est extrêmement léger pour du gravel : quels compromis techniques et de conception avez-vous dû accepter (ou refuser) pour atteindre ce poids, tout en conservant rigidité, robustesse et confort sur des terrains parfois très cassants ?
La jante Diamant a été le départ d'une fabrication spécifique , aujourd'hui tout a été amélioré y compris les jantes. Ce qui a changé le plus c'est les géométries pour gagner en confort et précision de pilotage tout en gagnant du poids et conserver une solidité certaine.
Vous insistez sur le 100 % européen et l’assemblage à la main à Odos : dans quelle mesure cette proximité avec les fabricants allemands (jantes, Yuniper, SERRATEC) vous permet-elle d’innover plus finement sur les moyeux et les montages, par rapport à un schéma plus classique de production industrielle asiatique ?
Disons que cela permet de contrôler certains paramètres, sur-mesure pour valider un comportement de celle-ci et la qualité des métaux ! L'idée principale c'est de produire soi-même le maximum.
En atelier, quand vous montez une paire de roues gravel “à la carte”, comment ajustez-vous le choix du modèle (Diamant, Prestige, Elite, Pro), du moyeu et du rayonnage selon le profil du cycliste (poids, puissance, pratique bikepacking ou course, terrain habituel) ? Pouvez-vous nous décrire un ou deux cas très concrets de montage sur mesure ?
quand un client arrive il a un besoin et un budget. Le but c'est de construire en respectant au mieux ces deux facteurs. Pour faire simple plus le budget est conséquent plus la roue est légère et technique. Premier cas la roue light avec gros budget ( supérieur à 2000€ ) facile j'utilise tous mes accessoires les plus évolués pour la construire . Deuxième cas petit budget 1000€ et la personne est "lourdes" la il faut adapter en se servir de moyeux adaptés avec une constructions je dirais subtile pour y parvenir. C'est ce challenge que j'aime dans mon métier , faire la roue la plus parfaite possible pour tous les budgets.
Les nouveaux moyeux SERRATEC marquent une étape supplémentaire dans votre quête de légèreté et de rendement : quels axes d’innovation vous semblent encore sous-exploités sur les roues gravel (géométrie de moyeu, engagement, largeur interne de jante, matériaux, tubeless, durabilité…), et à quoi pourrait ressembler, d’ici 5 à 10 ans, une “roue gravel idéale” selon Alian ?
Le composite va faire tout évoluer. Dans notre nouveau moyeu on a commencé a y inclure des pièces carbones pour l'alléger et cela va continuer autant sur les jantes , les rayons et les moyeux . Je vois pour l'avenir un moyeux alu/carbone , rayons carbone et jantes carbone incassable !
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un cycliste gravel qui veut vraiment sentir un saut de performance en changeant de roues : quels critères regarder au-delà du simple poids annoncé, et quel message personnel avez-vous envie de lui transmettre en tant qu’artisan qui monte chaque roue à la main ?
confort et réactivité ! attention à la géométrie de vos jantes et le type de rayons utilisés ! La géométrie pour le confort ( jantes avec une largeur interne la plus grande possible ) afin de réduire la pression et gagner en confort . La réactivité de votre roue , le type montage est primordial .
Pour en savoir plus : https://www.rouealian.com/